Le deck décrit l'entreprise telle que ses dirigeants la voient. La due diligence doit aussi tester les affirmations qui peuvent l'être hors de la dataroom. Une recherche externe utile ne consiste pas à accumuler des liens : elle part d'une question susceptible de changer l'avis du fonds, identifie la meilleure source disponible et consigne ce que cette source permet réellement de conclure.
Commencer par des hypothèses vérifiables
Classez d'abord les affirmations du deck selon leur impact. « Notre société détient la marque » appelle une vérification du titulaire et du territoire. « Le marché compte 20 000 acheteurs » demande une définition de l'acheteur, une base de dénombrement et une période. « Aucun concurrent ne répond à ce besoin » impose de chercher des offres comparables, y compris celles qui résolvent le problème autrement.
Pour chaque affirmation, notez quatre éléments avant de naviguer : ce qui est avancé, la preuve attendue, la conséquence d'une réponse différente et la date à laquelle l'information doit être vraie. Cette dernière précision évite de comparer un deck de septembre à une publication vieille de deux ans.
Choisir la source selon la question
Pour une société française, la base entreprises de l'INPI permet de rechercher les inscriptions du Registre national des entreprises, certains actes et les comptes annuels non confidentiels. Elle peut confirmer une identité légale ou révéler qu'un compte est disponible. Elle ne prouve pas le chiffre d'affaires courant d'une startup dont les comptes récents ne sont pas publiés.
La base marques de l'INPI aide à examiner le titulaire, le statut et le territoire d'une marque publiée. Un résultat de recherche n'est toutefois pas un avis juridique sur la liberté d'exploitation ou la propriété de toute la technologie. Pour une procédure collective, le guide de Service Public explique l'usage du BODACC. Là encore, l'absence d'annonce trouvée ne démontre pas à elle seule l'absence de risque financier.
Les sources sectorielles répondent à d'autres questions. Une statistique Eurostat peut encadrer le nombre d'entreprises d'un secteur, mais ne démontre ni leur éligibilité au produit ni leur intention d'achat. Une page concurrente prouve qu'une offre est présentée publiquement, pas son adoption. Les entretiens clients peuvent éclairer l'usage et les alternatives, mais leur échantillon et leur mode de sélection doivent être notés.
Tenir un registre de vérification plutôt qu'une liste de liens
Une ligne de recherche exploitable contient : l'affirmation, le document ou l'URL ouverte, l'éditeur, la date de publication et la date de consultation, le passage précis, puis un statut. Utilisez des statuts distincts : « confirmé sur ce périmètre », « contredit », « non vérifié » et « source insuffisante ». Une source secondaire qui reprend le communiqué de l'entreprise n'est pas une confirmation indépendante, même si deux URLs apparaissent.
Ajoutez l'effet sur la décision et la prochaine action. Si le deck attribue une marque à la startup alors que le registre la présente au nom d'un fondateur, la conclusion raisonnable est une question sur la cession ou la licence et les pièces associées. Ce n'est pas encore une preuve que la startup n'a aucun droit sur la marque.
Exemple fictif de fiche en cinq lignes : affirmation « marque détenue par la société » ; source fiche INPI consultée le 23 septembre ; constat titulaire affiché au nom du fondateur ; limite une cession non reflétée dans le résultat consulté reste possible ; suite demander l'acte de cession ou la licence et vérifier son périmètre. Le lecteur suivant peut ainsi reprendre le contrôle sans refaire toute la recherche.
Exemple fictif : séparer le signal du verdict
Imaginons « Atelier Delta », éditeur fictif de logiciel industriel. Le deck annonce « 4 000 usines adressables en France » et « une technologie protégée ». L'analyste trouve une statistique publique de 4 000 établissements dans une catégorie voisine, un brevet publié au nom d'un cofondateur et deux solutions concurrentes.
Trois contrôles restent nécessaires. Combien de ces établissements remplissent les contraintes techniques et budgétaires du produit ? Le brevet couvre-t-il la fonction vendue et quels sont les droits de la société ? Les concurrents ciblent-ils la même tâche, le même acheteur et le même niveau de service ? Sans ces réponses, les trois découvertes sont des pistes, pas un TAM validé, un actif sécurisé ni une thèse concurrentielle tranchée.
Faire remonter seulement ce qui modifie l'instruction
Au screening, quelques vérifications ciblées peuvent suffire : identité, incohérence manifeste, ordre de grandeur du marché, existence d'alternatives. En due diligence, approfondissez les questions dont la réponse peut modifier la valorisation, les conditions d'investissement ou l'avis du comité. Une découverte externe doit revenir dans le dossier avec sa source, sa limite et une question résoluble pour l'équipe ou les fondateurs.
Cette discipline évite deux erreurs symétriques : accepter le deck comme preuve de lui-même et prendre une page web pour une preuve définitive. Pour poursuivre, voyez comment construire une estimation de marché bottom-up et contrôler une analyse produite par IA.